Dividendes vs Salaire - Optimiser sa rémunération de dirigeant
Flat tax, cotisations sociales, protection retraite : chaque euro arbitré entre salaire et dividendes produit des effets différents. Voici comment raisonner pour maximiser votre rémunération nette.
Flat tax 30 %
PFU sur dividendes : 12,8 % IR + 17,2 % prélèvements sociaux
Règle des 10 %
Gérant SARL : dividendes > 10 % capital = cotisations TNS
Protection sociale
Salaire = droits retraite, prévoyance, IJ. Dividendes = rien
Équilibre optimal
Ni tout salaire, ni tout dividendes : arbitrage personnalisé
(PFU global)
sur salaire (selon statut)
gérant majoritaire SARL
Salaire vs dividendes : deux logiques distinctes
La rémunération d'un dirigeant peut prendre deux formes principales, chacune avec sa propre mécanique fiscale et sociale.
Le salaire (ou rémunération de gérance)
Le salaire est déductible du résultat de la société. Il génère des cotisations sociales (entre 45 % et 80 % selon le statut) mais ouvre des droits : retraite de base, complémentaire, prévoyance, indemnités journalières. Il est ensuite soumis à l'impôt sur le revenu après abattement de 10 % pour frais professionnels.
Les dividendes
Les dividendes sont prélevés sur le bénéfice net après impôt sur les sociétés (IS). Depuis 2018, ils peuvent être soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU ou "flat tax") de 30 % (12,8 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux). Ils n'ouvrent aucun droit social… sauf exception notable pour les gérants majoritaires de SARL.
Le cas particulier du gérant majoritaire de SARL (TNS)
Contrairement aux présidents de SAS, les gérants majoritaires de SARL relèvent du régime des Travailleurs Non Salariés (TNS). Cette différence de statut a un impact majeur sur les dividendes.
⚠️ La règle des 10 % du capital social
Pour un gérant majoritaire, la fraction des dividendes qui excède 10 % du capital social (augmenté des primes d'émission et des sommes versées en compte courant d'associé) est soumise aux cotisations sociales TNS, et non aux simples prélèvements sociaux de 17,2 %.
Exemple : SARL avec capital de 10 000 € et 50 000 € de dividendes :
- 1 000 € (10 % du capital) → flat tax classique à 30 %
- 49 000 € → cotisations sociales TNS (~45 %) + IR au barème
Cette règle change radicalement l'équation. Pour un gérant majoritaire de SARL, les dividendes massifs perdent leur avantage fiscal dès lors qu'ils dépassent ce seuil.
Président de SAS : une logique différente
Le président de SAS est assimilé salarié. Ses cotisations sociales sur rémunération sont plus élevées (~80 % du net versé), mais les dividendes ne sont jamais soumis aux cotisations sociales, quelle que soit leur montant.
C'est pourquoi certains dirigeants de SAS choisissent de se verser un salaire minimal (pour valider des trimestres de retraite et bénéficier d'une couverture sociale de base) et de compléter par des dividendes soumis à la flat tax.
| Critère | Gérant SARL (TNS) | Président SAS |
|---|---|---|
| Cotisations sociales sur salaire | ~45 % | ~80 % |
| Dividendes soumis aux cotisations | Oui (au-delà de 10 % capital) | Non |
| Protection sociale | SSI (plus faible) | Régime général (plus protecteur) |
| Flexibilité dividendes | Limitée | Totale |
| Coût global employeur pour 50 k€ net | ~72 000 € | ~90 000 € |
Flat tax ou barème progressif ?
Depuis 2018, le contribuable peut opter pour le barème progressif de l'IR au lieu de la flat tax. Cette option peut être avantageuse dans certains cas.
Opter pour le barème est intéressant si :
- Votre tranche marginale d'imposition est inférieure ou égale à 11 %
- Vous pouvez bénéficier de l'abattement de 40 % sur les dividendes (applicable uniquement au barème)
- Vous avez des déficits ou charges déductibles importants
La flat tax reste préférable si :
- Votre TMI est de 30 % ou plus
- Vous souhaitez simplicité et prévisibilité
- Vous n'avez pas de charges déductibles significatives
Attention : l'option pour le barème est globale. Elle s'applique à l'ensemble de vos revenus de capitaux mobiliers et plus-values de l'année.
L'arbitrage optimal : une approche sur mesure
Il n'existe pas de répartition universelle entre salaire et dividendes. L'optimum dépend de plusieurs variables :
1. Vos besoins en protection sociale
Si vous êtes jeune dirigeant avec des enfants, la couverture maladie, les indemnités journalières et la prévoyance ont une valeur réelle. Un salaire suffisant pour cotiser correctement peut éviter des surprises en cas d'arrêt de travail ou d'invalidité.
2. Vos objectifs retraite
Le salaire valide des trimestres et génère des points de retraite. Un dirigeant qui se verse uniquement des dividendes pendant 20 ans se retrouvera avec une retraite très faible. L'équilibre est essentiel.
3. Votre tranche marginale d'imposition
À TMI 45 %, la flat tax à 30 % sur les dividendes est nettement plus avantageuse que le salaire imposé au barème. À TMI 11 %, l'écart est moins net, voire inversé avec l'abattement de 40 %.
4. Le niveau de trésorerie de votre société
Les dividendes ne peuvent être versés que s'il y a du bénéfice distribuable. Un salaire peut être versé même en l'absence de bénéfice (il est une charge déductible).
Exemple d'optimisation chiffrée
Profil : Gérant majoritaire SARL, capital social 50 000 €, bénéfice avant rémunération 150 000 €, TMI 41 %.
Stratégie optimisée :
- Rémunération de gérance : 60 000 € brut (cotisations ~27 000 €, net ~48 000 €)
- Dividendes : 5 000 € (dans la limite des 10 % du capital → flat tax pure)
- Excédent de trésorerie : placé en contrat de capitalisation société pour différer la fiscalité
Résultat : Protection sociale correcte, trimestres retraite validés, fiscalité optimisée.
Les leviers complémentaires à ne pas négliger
L'arbitrage salaire/dividendes n'est qu'une partie de l'équation. D'autres dispositifs permettent d'optimiser la rémunération globale :
- Épargne salariale (PEE, PERECO) : abondement exonéré de charges sociales et d'IR, même pour les dirigeants de petites structures
- Contrat Madelin / PER : déduction fiscale des cotisations retraite et prévoyance
- Véhicule de fonction : avantage en nature fiscalement encadré
- Holding patrimoniale : remonter les dividendes en quasi-franchise fiscale via le régime mère-fille
Ce qu'il faut retenir
L'optimisation de la rémunération du dirigeant est un exercice d'équilibriste. Privilégier les dividendes à tout prix peut sembler attractif à court terme, mais expose à des risques : protection sociale insuffisante, retraite minimale, et parfois même une fiscalité plus lourde (cas du gérant majoritaire au-delà des 10 %).
La bonne approche consiste à modéliser plusieurs scénarios chaque année, en intégrant l'ensemble des paramètres : fiscalité personnelle, besoins de trésorerie de la société, objectifs patrimoniaux à long terme. C'est précisément le rôle d'un ingénieur patrimonial que de construire cette stratégie sur mesure.
Pour aller plus loin
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